L’Annonciation du Seigneur
25 mars 2009.
Pastorale catholique des funérailles- Paris
Ce qui est très étonnant dans la foi chrétienne, c’est que le Dieu créateur ait voulu entrer en dialogue avec l’humanité. Il entre en conversation, et pour cela il envoie son Fils, le VERBE. Nous le voyons aujourd’hui dans l’Evangile de l’Annonciation : Dieu entre en dialogue avec cette jeune fille d’Israël pour lui révéler son plan d’Amour, sa bienveillante Providence. En lisant le récit de l’Annonciation dans l’Évangile de Luc, Marie est comme plongée dans le Cœur du Mystère chrétien, ce qui en fait son originalité : Dieu est Trinité d’Amour, Communion de Personnes divines, modèle de toute communion entre les hommes. Marie se rend toute disponible à Dieu : « Me voici ». Elle dit oui à l’appel du Père, (fiat), elle se laisse féconder par l’Esprit Saint : « L’Esprit Saint viendra sur toi… », et elle nous donnera le Fils, le sauveur. S. Louis-Marie Grignon de Montfort nous dit ceci : « Dieu s’est fait homme pour notre salut, mais en Marie et par Marie ! Dieu le Saint-Esprit a formé Jésus-Christ en Marie, mais après lui avoir demandé son consentement… ». Toute la révélation chrétienne est basée sur cette réalité : Dieu prend l’initiative du dialogue avec les hommes, même quand il s’agit de leur envoyer un sauveur, et il attend avec patience notre consentement.
Je prie pour qu’avec Marie, nous redécouvrions la beauté de la Trinité. Là est le cœur de la foi, la source de notre merci à Dieu, à ce Dieu unique en trois Personnes, si différent des idoles d’or et d’argent dont parle le psaume 113 : « Elles ont une bouche qui ne parle pas, des yeux qui ne voient pas, un nez qui ne sent pas, des oreilles qui n’entendent pas ». Notre Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, parle, voit, sent, écoute. Il s’use, j’ai envie de dire : il « se donne, jusqu’à mourrir» pour nous apprendre à aimer. Selon la superbe expression récente du Pape Benoît XVI, il « se salit les mains » pour nous.
Mais peut-être vous penserez, c’est bien beau tout cela, mais la Trinité, je ne la vois pas, et je n’y comprends rien… Et pourtant j’ose affirmer que c’est la réalité la plus réelle au monde. L’essentiel est invisible à nos yeux de chair.
Ne serait-ce pas le problème de notre époque ? Nous sommes rivés à l’avant plan. Nous sommes comme le petit chien qui, quand on lui montre un morceau de sucre, ne regarde pas le sucre mais le bout de l’index. Cette myopie est aussi la nôtre. Quelque part nous avons un point aveugle sur la rétine, un point où nous ne voyons plus : c’est le point où arrivent tous les signaux venant du monde invisible. La science et le soit disant bon sens nous ont tellement envahis, que nous avons perdu le vrai bon sens : le sens du mystère : de Dieu, de l’Église, de notre propre existence, de l’histoire, de nos actes. Il nous faudra guérir de cette cécité des temps modernes : un au-delà des sens est imaginaire, il n’a aucune consistance.
1. C‘est vrai pour l’Église. L’Église pour nous, c’est l’Église terrestre, historique, institutionnelle. Elle a ses qualités et ses défauts, ses grandeurs et ses scandales. C’est l’Église des médias, de la chronique religieuse dans le journal et des voyages du pape. Est-ce bien là la véritable Église ? Non. L’Église et tout autant et même plus “mystère”, réalité invisible, divine et humaine en même temps. C’est le Corps du Christ et l’Épouse de l’Esprit-Saint
L’Église n’est pas qu’ici sur la terre : elle est tout autant au-delà de l’horizon du visible, du vérifiable. Nous vivons comme si elle n’avait qu’un seul lieu d’implantation : la terre et l’histoire. Or elle en a trois : l’Église est sur terre, au purgatoire et au ciel. Nos frères et soeurs dans l’Église ne sont pas qu’ici : nous avons beaucoup plus de famille que ça ! Nous avons des frères et des soeurs qui entourent déjà le trône de Dieu et qui chantent leurs hymnes autour de l’Agneau : nous avons les saints. Mais nous avons aussi des frères et des soeurs qui sont en route vers cette vision de Dieu face à face. Ils ne peuvent plus être détournés de ce chemin, mais ils doivent encore se préparer : le diaphragme de leur œil doit être réglé, car ils sont encore incapables de regarder Dieu en face. Sa lumière brûlerait leur rétine.
Oui, nous avons une multitude de frères et de soeurs invisibles, mais bien
Vivants et réels, plus réels et plus vivants que nous-mêmes. Soyons réalistes et regardons les choses en face. Le Seigneur doit guérir notre œil aussi pour que nous devenions capables de regarder au-delà de l’horizon du visible. Car l’Église est beaucoup plus grande qu’elle ne paraît. Oui, elle vit enracinée dans l’histoire et les pieds sur terre : mais sa tête est ailleurs : dans le monde de l’invisible.
2. Il y a un deuxième défaut à notre œil : nous pensons que notre seul champ d’action, c’est la terre ! D’abord nous pensons que nous ne pouvons agir ou intervenir qu’ici-bas et dans l’histoire : la portée de nos actes pensons-nous, est limitée à la terre et à l’histoire présente. Nous sommes des isolés, enfermés dans cette existence terrestre et historique. Est-ce vrai ? Non !
Car il y a un mystérieux va-et-vient entre ces trois mondes : la terre, le ciel et le purgatoire. Les parois sont perméables : il y a un flux qui passe entre les hommes, les âmes, les saints. Ils ne forment qu’un seul grand corps organique dans lequel comme dans le corps humain, tout est en communion avec tout. Comme le cœur irrigue tous le corps, les poumons oxygènent le corps entier, comme le système digestif le nourrit, ainsi les trois Églises: - la combattante, la souffrante et la triomphante - ne font qu’un seul corps, le Corps mystique du Christ.
S’il y a ce va-et-vient à l’intérieur de ce grand Corps qu’est l’Église, il en résulte que les saints au ciel nous aident par leur prière et leur intercession en plus que par le souvenir de leur actes ici sur terre. L’Église du ciel étend comme un grand manteau sur celle de la terre pour la protéger et la réchauffer. Les saints sont aussi ceux qui s’occupent à flécher le chemin pour nous, afin de nous éviter les égarements.
Les âmes du purgatoire sont possédées par un désir intense de voir Dieu : elles sont en route et ne pourront plus jamais s’égarer. C’est cette soif qu’elles ne peuvent désaltérer elles-mêmes, qui les fait souffrir. Et cette souffrance de ne pas pouvoir rejoindre leur Bien-Aimé, purifie leur désir et ne fait que l’intensifier. Car l’absence de celui ou celle qu’on aime ne fait qu’attiser l’amour et le purifier. Mais ces âmes sont dans un état de paralysie : elles sont incapables de se purifier elles-mêmes. Elles sont toutes dépendantes de Dieu.
Et paradoxalement aussi de nous. Car s’il est vrai que les âmes ne peuvent rien faire pour elles-mêmes, nous le pouvons. Car la paroi entre la terre et le purgatoire est perméable dans le sens qui va de nous à eux. C’est là tout le sens de la prière pour les défunts qui depuis le livre des Maccabés et dans toute la liturgie de l’Église, n’a cessé d’être pratiquée.
3. Nous sommes aveugles sur un autre point encore : nous sous-estimons la portée de nos actes. Or tout ce que nous faisons ou ce que nous omettons a une valeur éternelle. Le fruit de nos actes les dépasse de loin. Ce n’est pas seulement vrai Pour le mal que nous commettons : nos actes en effet nous suivent après la mort. Mais c’est vrai aussi pour le bien que nous réalisons. Cela est même plus vrai. Car nos péchés peuvent passer sous la miséricorde de Dieu qui les remet et en neutralise les effets négatifs. Mais le bien que nous faisons est multiplié par Dieu : “J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre la souffrance du temps présent et la gloire à venir qui sera révélée pour nous (Rm 8,18 ). Ou “Un moment de légère affliction produit pour nous au-delà de toute mesure un poids éternel de gloire. Aussi nous regardons non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles : car les choses visibles sont momentanées et les invisibles sont éternelles” (2 Cor 4,18). Non, vraiment : soyons réalistes et regardons les choses en face : la portée de nos actes dépasse de loin leurs pauvres apparences.
4. Il y a un autre domaine encore où il faut dépasser les apparences, où il faut même les renverser : ce que vous voyez, ce n’est pas ce que vous voyez : c’est même exactement le contraire. C’est la réalité de la mort. Ici les apparences sont trompeuses du tout au tout. La mort aux yeux du bon sens : c’est la fin, l’entrée dans le néant, le non-sens intégral. Le côté visible de la mort est en effet cela : l’homme s’en va, son corps se décompose, sa mémoire est vite engloutie dans le passé. Au début l’homme est encore histoire mais très vite il n’est plus qu’un souvenir, puis plus rien du tout : un oublié. C’est cela la mort pour l’homme qui ne voit que le visible.
Mais la mort a sa dimension invisible : elle est entrée dans la vie. “Je ne meurs pas dit Thérèse de Lisieux, j’entre dans la vie”. La mort aux yeux de la foi n’a rien d’une mort : elle a tout d’une naissance. Elle n’est pas une finale mais un prélude, pas une conclusion, mais un avant-propos. Une préface au grand livre de l’histoire de chaque être humain. La réalité de la mort - la vraie - c’est qu’elle est naissance à la vie. Et celui qui est réaliste devant la mort ce n’est pas l’homme du bons sens, c’est l’homme de foi. Soyons donc réalistes et regardons en effet les choses en face.
5. Un dernier point me semble important àsouligner spécialement pour les personnes qui ont perdu un être cher. Comment les rejoindre ? Nous sommes en communion avec eux dans l’Eucharistie, qui est le lieu de la Communion des saints. Comme Marie devant l’ange, apprenons non seulement à voir l’Invisible, mais aussi à écouter en silence, les signes qui nous viennent de l’Invisible. Parce que notre cœur déborde de milliers de choses, il ne peut pas entendre la voix de Dieu. Mais dès que nous nous mettons à l’écoute de la voix de Dieu, celui-ci le remplit de Dieu. Dans le silence du cœur Dieu parle et nous n’avons qu’à écouter. Pour entendre ceux que nous aimons, entrons dans le silence de Marie : « Qu’il me soit fait selon ta Parole »
Amen !
P. Paul PREAUX

Une assistance nombreuse a participé vendredi 13 mars à la conférence organisée par le Service Catholique des Funérailles de Versailles.
Comme l’a rappelé Guillaume d’Abbadie, les obsèques constituent un temps où se révèlent de façon incomparable les évolutions de notre société. Or ces évolutions sont nombreuses et se sont produites en un temps extrèmement limité d’un point de vue historique. Le déplacement des lieux de décès du domicile vers l’hôpital est probablement parmi ces évolutions celle qui a le plus de conséquences sur le rapport contemporain à la mort. Lire la suite de cet article »
Conférence organisée par le SCF, le vendredi 13 mars à Versailles sur le thème: « Quel accompagnement chrétien de la fin de la vie et du deuil dans une société sécularisée ? » Lire la suite de cet article »